Dans les rimes de Fullstyle, la musique abolit les frontières
Dans la préparation de son album « Living style », qui sortira début octobre avec Sherpa, Fullstyle nous livre ses croyances ; message de paix et d'union par le biais de la musique. C'est une vision solidaire, et résolument durable, dont Dakar Times fait le relais.
Décris moi un peu ta chanson, ton message.
Fullstyle c'est un concept. C'est plein de styles, plein de cultures et toutes sortes de vérités. Je prône le respect en général, c'est un message d'amour, de paix, d'unité et de fraternité. Je dévoile les inégalités, mais tout en restant objectif. Je reste toujours ouvert quand j'écris. Je me mets à la place de l'autre. Donner son avis c'est bien, mais il faut toujours laisser une réserve pour l'autre. La science infuse, personne ne l'a. Il est plus utile d'ouvrir les débats et d'analyser les situations plutôt que de les pointer du doigt sans réfléchir.
Quelle place tient ton parcours personnel dans le personnage Fullstyle ?
Quand j'étais petit, j'avais un ami qui était sourd et muet. J'ai vu qu'il était mis de côté parce qu'il était différent. Il y avait une barrière du langage entre lui et les autres enfants. On le montrait du doigt et on disait « l'handicapé ». Je n'aimais pas ça, donc je me suis rapproché de lui et j'ai appris à parler le langage des signes. Comme quoi la communication peut-être de toutes les formes, elle peut être non verbale. Ce qui compte c'est d'échanger avec l'autre et de casser ces barrières, que ce soit au niveau du langage, des traditions ou de la culture.
Un peu plus tard, j'ai été éducateur pour les restos du c½ur, et ça m'a appris à écouter l'autre. Un travail comme ça t'apprend à ouvrir la main et à ouvrir ton c½ur. C'est à travers l'autre qu'on apprend à se connaître soi-même. Servir ceux qui n'ont rien n'est pas une tâche, mais un plaisir. C'est ce message que j'essaye de retranscrire dans mes textes.
A partir du moment, où on arrive à s'expliquer, à se faire comprendre, ça facilite les choses. C'est le début de l'intégration. Ce que je ne supporte pas en revanche, c'est les gens qui disent « je n'aime pas » avant même de connaître. C'est contre ça que je lutte. Je chante en anglais, en français et en créole, avec des mots qui ont la même signification dans les trois langues. Ce n'est pas les différences de langage ou de croyances qui doivent nous diviser, parce qu'en fait, nous sommes tous des êtes humains.
Pourquoi avoir choisi la musique pour diffuser tes idées ?
Avec la musique, on fait peut faire bouger les choses. Marley, par exemple, a laissé une trace de paix universelle. Jusqu'à maintenant, Marley c'est « peace », c'est « one love ». Un chanteur qui a fait quelque chose, comme réunir deux présidents lors d'un concert, aucun homme politique n'aurait pu le faire. La musique c'est l'unité. Elle n'a pas de religion, pas de frontières, ni de couleur. Regarde, on est là, on écoute la même musique, on ressent les mêmes choses, alors ce n'est pas parce que nous venons de pays différents, que nous devons nous détester. C'est à ça que sert la musique, à s'amuser et à briser cette barrière des mentalités.
C'est vrai que le rap, le reggæ ou le ragga, sont encore victimes de préjugés. A ce qu'il paraît, elles prônent la violence. C'est quand même de la musique de drogués, un « déhanchement d'envoûté » (rires). Ce n'est pas cette image que je voudrais donner de ma musique. J'écoute de tout, et je mixe tout. Le rock, c'est bien. Dans le reggæ il y a du rock. Et même, ce qui est à la mode maintenant, la techno. Le plus grands de la techno, c'est pareil, ils vont chercher des influences dans tous les univers misucaux. La musique actuelle, c'est ça. Ce que je fais, le « dancehall », c'est un mélange des styles.
On ne sent pas de colère dans tes textes, que penses-tu de l'évolution actuelle du monde ?
Il n'y a pas besoin d'être en colère, au contraire, il faut toujours rester positif si on veut avancer. Il ne faut pas regarder en arrière, mais toujours rebondir. Le monde actuel est ce qu'il est, et nous en faisons tous parti. Maintenant, les barrières, les frontières culturelles et sociales sont baissée. Le fait de connaître ce qu'il se passe chez l'autre est une source de joie. La comparaison est toujours enrichissante. Peut-être que nous découvrirons ainsi que certains modes de vie, ou certaines croyances nous conviennent mieux. Après, comprendre ce n'est pas forcément adhérer. La liberté de chacun prime. Personne ne doit imposer sa vision du monde, ni les occidentaux, ni les autres.
Economiquement, si on n'a pas assez d'argent pour soi, en donner pour les autres, d'accord, mais jusqu'à quand ? J'ai vu que Obama était parti en Afrique, et a dit « on ne peut pas investir dans des pays où les dirigeants prennent déjà 40% pour eux ». Si on prend tous les pays, comme ça et qu'on investi à perte, la puissance économique finalement diminue. Les associations ou les organisations internationales ne peuvent pas tout faire. Et puis, quand on donne, c'est toujours qu'on a quelque chose à prendre. Invertir les marchés, pour vendre des armes, ou bien accaparer le pétrole et les richesses, ça a toujours existé. Maintenant, tout ça éclate au grand jour, et c'est une bonne chose. Ca peut permettre un nouveau départ, pour sortir d'une vision paternaliste, et que les gouvernements s'engagent à s'occuper de leurs pays. On partage, d'accord, mais d'abord dans le pays où on est. En France aussi il y a de la grande pauvreté, mais celle là, beaucoup refusent de la voir.
Pour finir, quel message souhaiterais-tu passer aux jeunes qui galèrent ?
Je vais te dire exactement ce que j'exprime dans une chanson : « Pense à tous ceux qui meurent de la famine. N'ayant plus la force de lutter, même quand on les réanime. Arrête de te plaindre. Arrête de faire ta gamine. La misère sévit autour de toi et fait beaucoup de victimes. C'est guerres après guerres, toujours une sale combine, et ce sont les modestes qui en souffrent, c'est eux qui triment. Il y en a qui se rebellent, et d'autres qui dépriment. Mais lève la tête, et bats-toi, pour ne pas tomber dans cette routine. Car il y a des hauts et des bas dans la vie, et tu le sais bien. Ne reste pas cloîtré chez toi comme un vaurien. Ne baisse pas les bras en faisant celui qui ne sait rien, car tu sombreras dans la déprime avec tous tes chagrins. Reste solide, et reste attentif. »
Propos recueillis par Pauline Prodhome
A Paris